MISSION D’ÉVALUATION

Je sors de l’avion , choc thermique , 40 degrés , choc visuel , je suis devant une fourmilière …..

Je saute dans un tuk tuk avec ma valise de 30 kg pleine de matériel médical , de médicaments et de bonnes intentions .

Ma mission est d’aider à améliorer la vie de gens que je ne connais pas ! A l’instant , je suis un Saint Bernard aveugle , devant montrer le chemin à des naufragés !

La rue , d’abord la rue , peut m’apporter les éléments nécessaires à mon approche . C’est la circulation qui me donne les premières réponses…..Ici les règles si elles existent , n’intéressent personne ! ! Chacun pour soi et Bouddha pour tous !

Mon ami Kim m’accompagne , et gràce à lui la panique qui s’installait sournoisement en moi , se dissipe peu à peu.

Je suis parfaitement conscient que sans l’aide de mon ami de 20 ans , toute action ici serait simplement impossible .

D’abord une raison majeure , la langue ! Le français n’étant parlé que par les anciens et l’intelligencia ayant fait leurs études en France , médecins et diplomates….qui ne sont pas le sujet de mon voyage . L’anglais est comme d’habitude , bien qu’écorchée par le roulement des r , la seule porte de sortie .

Kim , conscient de mes lacunes , prend 5 jours sur son emploi du temps , et m’immerge corps et âme , dans son Cambodge profond , du plus pauvre au plus riche , intellectuellement et matériellement , et d’un bout à l’autre du pays .

Je vis , mange et respire Cambodge et apprends bien plus que ce que je croyais ignorer .

J’apprends à joindre les mains pour saluer , à garder mes distances , à ne pas incliner la tête pour remercier parce que ma peau est blanche , à manger de tout , tout le temps , à traverser la rue en priant pour espérer atteindre l’autre rive…..

J’apprends que Phnom Penh cache son jeu , que l’attirance remplace la répulsion , et que la beauté extrême d’un temple peut côtoyer des corps d’enfants dormant sur le trottoir , la nuit , comme à Calcutta .

J’apprends que Sihanoukville est à plusieurs visages , que les nombreuses petites iles et les plages y sont monstrueusement recouvertes de sacs et d’objets plastiques à l’exception de celles réservées aux touristes .

J’apprends que la belle Angkor est envahie par le monde , en file indienne , et que Battambang est belle , au milieu de tout ça . Riche de ses avenues larges et propres et riche de son passé colonial dont les magnifiques bâtiments bien entretenus , témoignent .

J’apprends que la corruption est omniprésente . Soixante dix pour cent du budget dédié à la construction d’une route s’évapore , sans doute en raison de la chaleur ! les trente pour cent restant pour rassurer le peuple qui a faim et que tout n’est pas perdu .

J’apprends enfin que les Khmers rouges , lors de leur passage , ayant supprimé toute initiative personnelle à l’extrême , ont aussi profondément traumatisé l’âme du peuple .

Le troisième génocide de l’époque contemporaine a transformé , par réaction , l’homme de la rue en individualiste forcené .Ce qui rend impossible tout consensus pour faire évoluer la société

Chance miraculeuse c’est à Battambang , seconde ville du pays que je pose mon sac à dos et commence enfin à travailler !

Les bâtiments de l’université de Battambang et son campus sont propres , aérés et accueillants , 5000 étudiants y travaillaient , 2000 aujourd’hui par manque de moyens et de professeurs .

A notre arrivée un étudiant nous attend , puis deux puis dix . Kim est attendu comme le Messie . il est l’espoir de ces jeunes et probablement seule planche de salut !

Kim est agréé auprès des universités françaises . Il donne des cours en Génie Civil aux universités de Poitiers et Marseille . Depuis 5 ans , il a décidé d’aider les meilleurs élèves de l’université de Battambang .Son but étant , après l’obtention de leur diplôme , de les faire venir en France pour suivre son cursus , grandes écoles , Master , et faire rayonner la culture et la langue française dans son pays d’origine…..

La France lui a permis de vivre malgré sa douleur , il a juste l’intention de lui rendre ce cadeau……

Depuis 5 ans , il donne régulièrement des cours et fourni le matériel nécessaire aux étudiants . En effet l’université souffre du manque de professeurs , du manque de matériel et du manque d’organisation .Maintenant à la retraite , il donnera bénévolement 4 mois de cours par an .

Son organisation est rigoureuse : La documentation est issue du CEA , avec son autorisation , traduite de l’anglais et du français en khmer par les étudiants eux-mêmes, puis polycopiée couleur et numérisée pour les quelques possesseurs d’ordinateurs .

Il a réussi à faire venir en France 5 étudiants , parmi les plus méritants pour suivre des cours et stages dans les universités de Poitiers et Marseille , Je m’occupe auprès de l’ambassade de France à Phnom Pen de tenter de prolonger leurs visas après leur acceptation en master , sans les faire revenir dans leur pays .

Son implication et ses résultats ont pris une telle ampleur que,le travail de ADS CAMBODGE sera de l’épauler dans tous les secteurs de son action , remarquablement efficace . Je vais tenter d’introduire un enseignement du français par des bénévoles

Le chantier suivant , géré par Sam , est l’eau .Nous nous rendons nationale 5 Battang/ Bantey Meanchey pour visiter ESK (enfants du sourire khmer ) ainsi qu’une ècole.

Cet orphelinat géré par une ONG française , s’occupe d’une vingtaine d’enfants . Un couple , qui semble compétant , dirige le centre . Le site est bien tenu . Les enfants propres , habillés correctement . Tout de suite un détail me frappe . La gravité de leurs visages !

Leurs âges s’étalent de 5 à 18 ans Pas un mot , pas un geste ! Les enfants du sourire sont tristes…… ! Je n’arrive pas à déterminer pourquoi , d’autant que la communication directe m’est impossible !

Le travail sur ce site consiste à implanter un système de potabilisation de l’eau , et un traitement des eaux usées . L’observation de l’installation vieille d’une année , circuit et cuve ,confirme la faisabilité . Je relève un détail dérangeant dans ma logique cartésienne . L’eau est prélevée dans la nappe phréatique à environ 68 mètres de profondeur , mais l’emplacement du puits se trouve à exactement 2 mètres d’une mare d’eau stagnante pleine de matières nauséabondes……A mon retour , Sam m’explique que la solution est simple . Quelques camions de terre pour boucher cette marre et l’eau polluée ira se promener ailleurs…….Je n’y aurai jamais pensé !

Ceci mis à part la faisabilité du projet semble tout à fait réalisable . J’aiderai donc Sam pour l ‘achat en France , du matériel technique nécessaire . La connexion du nouveau système , avec l’ancien réseau existant est tout à fait possible .

Apres quelques photos pour le dossier technique , je jette un œil aux dortoirs .La chaleur est étouffante , aucune circulation d’air ! Le toit en tôles surchauffées ne possède aucune ventilation ! A mon retour j’ajoute cette observation pour Sam qui s’engage à régler ce problème .

2 jeunes ont atteint l’âge de 18 ans , âge limite pour l’orphelinat , un garçon et une fille ; Il s’agit de leur trouver du travail . Pour le garçon pas de problème , nous lui trouvons un stage de soudeur . Pour la jeune fille , beaucoup plus délicat , il lui faut un environnement protégé , que nous trouverons quelques semaines plus tard .

Au moment de partir des bruits attirent mon attention …..une petite fille d’environ cinq ans , sanglote seule dans un coin . Vêtue d’une simple petite jupe , son corps est couvert de petits boutons rouges irrités par le soleil. Mon expérience de père et grand père me porte à diagnostiquer une bonne rougeole des familles ! Bien sur ,si un médicament existe , je ne l’ai pas ! Bouleversé par cette gamine en détresse je ne trouve qu’une solution possible . Dans l’énorme pharmacie qui me suit toujours je sais posséder une crème à base de cortisone , pour apaiser démangeaison et eczémas .Le soir même je fais venir le directeur de l’école à Battambang pour le remède miracle  . J’apprends le lendemain que la petite fille a bien dormi……sans doute assommée par la cortisone un peu violente pour elle !

Le second volet de notre étude concerne une école jouxtant la maison ESK . Nous observons le toit du bâtiment , pratiquement en ruine . Je ne vois pas l’utilité d’étudier un projet de potabilisation à mettre dans un bâtiment qui va lui tomber dessus….nous remettons ce projet à plus tard .

Au cours de ce périple , il est souvent fait appel à mes talents supposés de médecin . Je suis blanc , je suis français , donc je suis médecin…..Ce qui me met parfois dans des situations un peu difficiles . Comment expliquer en Khmer que je n’ai jamais prononcé le serment d’Hippocrate ?

Dans ma valise je promène une dizaine de kilos de médicaments , pansements et lunettes , étant opticien , que je distribue au grès des demandes…….Ma grande crainte étant l’attroupement de malades m’obligeant à partir en courant….. ! Heureusement mon expérience nigérienne m’a appris à emmener le médicament miracle…l’aspirine ! Je parviens quand même , malgré mon inaptitude , à calmer les irritations de cette fameuse rougeole , les douleurs d’une légère hernie discale et l’atténuation d’une sècheresse excessive d’une cornée réfractaire de deux étudiants !

Il est vrai que la médecine cambodgienne pose problème , de même que la pharmacie . D’une manière générale le khmer n’a aucune confiance dans la médecine de son pays ! Il suffit de voir le calme régnant dans les hôpitaux de Phnom Penh , alors que l’hôpital français Calmette est en permanence rempli ras bord !

L’explication vient probablement de la formation principalement française de ses médecins !

De même pour les médicaments ! La plupart des pharmaciens ne sont pas pharmaciens et la plupart des médicaments sont ou placebo ou faux !

Par contre , l’ infrastructure médicale existe et le nombre d’hôpitaux , cliniques et dispensaires est important , en ville comme à la campagne.

Un de nos objectifs est l’opération d’une jeune femme atteinte d’une maladie rare ,Il m’a été impossible de lui obtenir un visa de sortie pour être opérée en France . Celui-ci ne pouvant être obtenu que par le médecin référant de l’ambassade , à ce moment en vacances… !.

J’ai cependant pu rencontrer à l’hôpital Calmette ,un homme remarquable , le Professeur DUONG Chhay , diplômé du CHU de Limoges en chirurgie thoracique , qui a pu lui faire subir les examens complémentaires , préliminaires à son opération . Le dossier suit son cours et devrait aboutir .

En conclusion , dans ce petit morceau d’Asie , bien des choses sont à faire pour soulager , encourager ou soutenir , mais ce peuple le mérite Il suffit de voir leur regard se poser sur nous venus d’ailleurs , pour comprendre que nous serons récompensés , peut être pas par un geste , peut être pas par un mot , mais par un sourire et alors nous aurons atteint notre but .

CB

 

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